SAISON 09 | 10 DEHORS DEVANT LA PORTE

dehors

DEHORS DEVANT LA PORTE

“Un homme rentre d’Allemagne. Il a été longtemps absent, cet homme. Très longtemps. Trop longtemps peut-être. Et il revient tout différent de ce qu’il était en partant. Extérieurement, il ressemble à ces silhouettes que l’on voit dans les champs, plantées là pour effrayer les oiseaux (et parfois les hommes, au crépuscule). Intérieurement - aussi. Mille jours durant, il a attendu dans le froid. Et pour rentrer, il a dû payer d’une rotule. Et après avoir attendu mille nuits dehors dans le froid, il peut enfin rentrer chez lui.” Mais le soldat Beckmann n’a plus de chez lui... Ses parents ont disparu. Sa femme l’a remplacé. Le pays est dévasté. Personne n’est là pour l’accueillir. Tout le monde veut oublier ce qui s’est passé. Il frappe aux portes, à toutes les portes. Mais elles refusent de s’ouvrir.

UN IMPLACABLE ÉTAT DES LIEUX

Écrite au sortir de la seconde guerre mondiale, Dehors devant la porte dresse un implacable état des lieux de la situation en Allemagne. C’est un constat de douleur mêlé d’humour noir, un humour glacé qui est comme une échappatoire à la terrible condition humaine.

Wolfgang Borchert revient du front russe où ses convictions antinazies l’avaient fait envoyer. Il écrit en connaissance de cause, avec l’urgence de la nécessité. Ce soldat qui erre est la douleur de l’Allemagne. Beckmann veut dire, tout dire. Mais ce qu’il a à dire est si insoutenable qu’on ne l’entend pas. La catastrophe, anticipée dix ans auparavant par Horváth dans Un fils de notre temps a eu lieu.

NOTE D'INTENTION

Pour Jacques Osinski, écrites à plus de cent ans de distance, par deux auteurs morts très jeunes (23 ans pour Büchner, 26 pour Borchert), Dehors devant la porte et Woyzeck se répondent comme en miroir : au centre de chacune d’elles, il y a un soldat qui erre. Il y a la solitude. Ancrées dans la réalité, elles creusent au plus profond de l’humain. La scénographie de Dehors devant la porte répond comme en écho à celle de Woyzeck. Les comédiens qui jouent Woyzeck jouent aussi Dehors devant la porte. Ce miroir qu’elles se tendent l’une à l’autre, Jacques Osinski veut le tendre à notre époque. Dehors devant la porte eut un incroyable retentissement lorsqu’elle fut jouée au sortir de la guerre. Sans doute est-ce dû à sa capacité de transcender la douleur tout en disant le monde tel qu’il est. Sans doute est-ce pour cela qu’elle résonne toujours avec force aujourd’hui. Dehors devant la porte parle de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus bas mais aussi dans ce qu’elle a de plus beau.

WOLFGANG BORCHERT

Wolfgang Borchert eut une vie brève et engagée, marquée par le théâtre et la guerre. Né à Hambourg le 20 mai 1921, il voit ses premiers poèmes publiés à l’âge de dix-sept ans dans le Hamburger Anzeiger. Tout d’abord apprenti-libraire, il se tourne rapidement vers le théâtre et devient comédien. A vingt ans, certains de ses poèmes étant jugés subversifs, il est envoyé sur le front russe où il est grièvement blessé. Après la guerre, il écrit Dehors devant la porte (Draußen vor der Tür) en à peine huit jours. Diffusée pour la première fois à la radio allemande le 13 février 1947, la pièce suscite des réactions enthousiastes. Wolfgang Borchert n’assistera pas à la première représentation : il est mort un jour avant, le 20 novembre 1947, à l’hôpital de Bâle de la tuberculose. Après le succès de la pièce, le poète quasi inconnu devint l’écrivain le plus célèbre d’Allemagne. Représentant de ce que Heinrich Böll appela “la littérature des décombres” (“Trümmerliteratur”), Wolfgang Borchert fut le porte-parole d’une jeunesse bafouée. Dehors devant la porte est le cri d’une génération. Au sortir de la guerre, des milliers de spectateurs bravèrent la pluie et le froid, pour se presser aux portes du théâtre où le drame se jouait…

DISTRIBUTION

De Wolfgang Borchert ||||| Mise en scène Jacques Osinski ||||| Traduction Pierre Deshusses ||||| Assistant à la mise en scène Alexandre Plank ||||| Dramaturgie Marie Potonet ||||| Avec Véronique Alain | Vincent Berger | Delphine Cogniard | Jean-Marie Frin | David Migeot | Baptiste Roussillon | Stanislas Sauphanor ||||| Scénographie et costumes Christophe Ouvrard ||||| Lumières Catherine Verheyde

Production Centre dramatique national des Alpes - Grenoble ||||| Coréalisation MC2: Grenoble ||||| Avec la participation du Jeune théâtre National ||||| Construction des décors Ateliers du CDNA ||||| Réalisation des costumes Ateliers du CDNA