SAISON 09 | 10 AMPHITRYON

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AMPHITRYON

Alors qu’Amphitryon, le roi de Thébes, est à la guerre, le dieu Jupiter tombe amoureux de son épouse, Alcmène. Jupiter descend sur terre et, sous les traits d’Amphitryon, passe une longue nuit d’amour avec Alcmène…

Kleist avait modestement donné son Amphitryon comme “une comédie d’après Molière”. De la traduction s’est échappé un autre Amphitryon : la copie a permis à Kleist la création d’une œuvre originale et déconcertante. Ecrit en 1805, par un homme discret à la vie fulgurante et déchirée, cet Amphitryon là joue quelque chose de nouveau. Kleist a sorti le mythe de la comédie pour le faire résonner dans une architecture de doute et de passions douloureuses. En ouvrant des gouffres sous nos pieds, il ne perd rien de la comédie. Sosie demeure le pivot comique.

NOTE D'INTENTION

En travaillant Amphitryon, je crois que l’on touche à une question essentielle du théâtre, à savoir la confrontation et le dialogue avec le double, avec celui qui est le même que moi. Aucun autre mythe ne résume aussi bien cette essence du théâtre, preuve en est peut-être la cinquantaine d’Amphitryon qui peuple le théâtre depuis celui de Plaute. L’existence des dieux n’est pas le sujet de la pièce. Que les dieux jaloux prennent nos masques pour venir sur terre est acquis. Cette fable, invraisemblable, opaque comme une énigme, force la curiosité ; de là naît la féerie que Molière a très bien su attraper. Je crois qu’il y a encore ça dans la version de Kleist, ça et autre chose : la féerie devient un vertige tragique. Don Juan, en séduisant Elvire, défiait Dieu. Jupiter inverse les rôles et chez Kleist, ce sont les dieux qui provoquent les hommes. Jusqu’où pourrons-nous nous hisser ?

Cet Amphitryon demande : où est ma part divine, ma part sublime, moi qui suis homme ? C’est le jeune Kleist qui cherche à prendre sa place dans l’existence - sur quoi peut-il s’appuyer ? Toute la pièce repose sur ce soubassement : le désir d’un Dieu. Le désir est-il pour nous un outil de perfection, quelque chose qui nous lève vers le ciel, ou, simplement une confusion dont même les dieux seraient les victimes ? Le théâtre doit présenter ce doute ; la scène, elle, doit représenter des dieux descendus sur terre. Entre les deux, ce désir.

Benjamin Moreau

HEINRICH VON KLEIST

Heinrich von Kleist est né le 18 octobre 1777 à Francfort-sur-l’Oder dans une famille de l’aristocratie militaire. Il entre dans l’armée prussienne qu'il quittera à vingt-deux ans. Il voyage dans divers pays d’Europe. A son retour à Berlin, la lecture de Kant provoque chez lui une crise profonde. Vers 1801, il écrit Robert Guiscard, duc des Normands. Le manuscrit suscite l’admiration de ses premiers lecteurs mais Kleist, effrayé, le brûle. Sa raison vacille.
La période 1804-1807 est relativement calme et féconde. Il écrit son Amphitryon qui, commencé comme une traduction de Molière devient bientôt une œuvre originale. Il achève sa comédie La Cruche cassée, écrit les nouvelles La Marquise d’O et Michel Kolhass… En 1810, Kleist achève La petite Catherine de Heilbronn. Il se plonge dans l’activité politique jusqu’à la défaite de l’Autriche à Wagram où sont anéantis ses espoirs de sursaut national et d’une coalition contre Napoléon. Il rêve d’écrire le grand drame historique capable de réveiller les énergies nationales. Mais La Bataille d’Arminius (1807) et Le Prince de Hombourg (1810) sont des échecs. Le 21 novembre 1811, Heinrich von Kleist se suicide au bord du lac Wannsee, près de Postdam, avec son amie Henriette Vogel. Il aura été l’un des rares romantiques qui ait mis pleinement sa pensée en action. La recherche de l’absolu fut la quête de sa vie.

DISTRIBUTION

De Heinrich von Kleist lllll Mise en scène Benjamin Moreau lllll Traduction Eloi Recoing | Ruth Orthmann lllll Avec Fréderic Giroutru | Hélène Gratet | Christelle Lara | Jeremy Marchand | Julien Anselmino | Thomas Bédécarrats lllll Scénographie Benjamin Moreau lllll Costumes Guillaume Favroult lllll Lumières Fabien Andrieux lllll Construction des décors Atelier du CDNA

Production Centre dramatique national des Alpes - Grenoble lllll Co-production MC2: Grenoble, Cie l’Atelier