L’histoire de l’alarme de maison

Etymologie de l'alarme

« Alarme » est aujourd’hui un mot largement usité dans le langage courant. Il se décline dans de nombreuses expressions comme « tirer la sonnette d’alarme » ou « pousser un cri d’alarme » et représente une aubaine pour les journaux avides de titres racoleurs : la montée alarmante du chômage, le cri d’alarme des syndicats, les professeurs qui s’alarment des nouveaux rythmes scolaires… On en passe et des meilleurs.

Avec cette prolifération de l’usage du mot « alarme » et de ses dérivés dans la vie de tous les jours, on éluderait presque l’alarme de maison en tant que dispositif technique visant à sécuriser un habitat et à protéger ses biens et ses occupants. Cette page propose justement de remonter le temps et de retracer les différentes étapes de l’histoire de l’alarme de maison, siècle par siècle, de l’alarme primitive aux systèmes d’alarme les plus contemporains.

Mais avant d’aller plus loin, revenons une dernière fois sur le mot « alarme » et plus exactement à son étymologie. Le terme date du XIV siècle : on le doit aux soldats italiens dont les cris d’alerte lors d’une embuscade ou d’une attaque ennemie se traduisent par des « All’arme ! », littéralement « Aux Armes » en Français. Le temps n’a finalement que peu dénaturé l’usage originel du mot puisque déjà à l’époque il fait office de signal d’avertissement face à une menace en approche ; exactement comme le fait aujourd’hui une alarme de maison.

Les oies du Capitole ou le premier système d’alarme dans l’histoire

Qui a dit que les alarmes sans fil sont des inventions récentes ? Il n’en est rien ! Plus de deux millénaires avant la commercialisation de systèmes d’alarme sans fil, en - 390 avant J-C, Rome est le théâtre d’un événement rocambolesque considéré depuis comme le premier succès d’un système d’alarme à grande échelle et sans intervention humaine.

La légende raconte ainsi que les Gaulois Sénons, décidés à envahir Rome, ont tenté une nuit d’escalader les murs de la citadelle du Capitole, où s’étaient retranchés les soldats romains. Leur stratagème est déjoué par la vigilance des oies, disposées par les romains de part et d’autre de la colline. Les oies ont repéré les assaillants et ont donné l’alerte les unes après les autres, réveillant les assiégés qui ont pu stopper l’assaut et remporter la victoire.

Il convient d’être mesuré quant à la véracité de ce récit, plusieurs versions indiquant que c’est avant tout une négociation financière qui met fin au siège du Capitole. Néanmoins, le mythe persiste et est souvent cité comme la première réussite d’un système d’alarme dans l’histoire, aussi cocasse soit-il. Aujourd’hui, on ne saurait évidemment que déconseiller d’acheter une oie pour la protection de son habitat et recommander plutôt une alarme sans fil, tout aussi peu contraignante à l’installation mais beaucoup plus fiable et moins salissante pour son intérieur…

Les prémices de l’alarme de maison émergent au XVIII

Si la paternité des systèmes d’alarme est souvent attribuée à l’ingénieur japonais Kaya Ryoi, spécialiste des systèmes électriques, au XXe siècle, c’est oublier qu’avant et après lui beaucoup ont œuvré pour l’invention ou l’amélioration de dispositifs de sécurité en tout genre. Le premier à avoir l’idée de protéger une maison par un système mécanique est sans doute un chercheur anglais du nom de Tidesley, aux alentours de l’année 1700. Ce dernier est en quelque sorte à l’origine du détecteur d’ouverture pour alarme de maison. Son invention consiste à disposer un ensemble de carillons mécaniquement liés à la serrure de la porte. Lorsque l'intrus utilise une clé ou un autre dispositif pour essayer d'ouvrir la porte, le carillon retentit pour signaler la présence du malfaiteur. Tildesley affirme à l’époque que son système d’alarme « entraine presque toujours la fuite des cambrioleurs ».

Le développement régulier des systèmes d’alarme au XIX

Les progrès se poursuivent, plus d’un siècle plus tard, lorsque l’inventeur Augustus Russel Pope met au point un procédé anti-effraction des plus efficaces. Alors que les citoyens se protègent encore grâce au cri des oies, à l’aboiement des chiens ou aux sonnettes mécaniques, Pope va élaborer un système d’alarme réagissant à la fermeture d’un circuit électrique. Les entrées de l’habitat (fenêtres, portes, etc.) sont associées en tant qu’unités autonomes sur un circuit électrique laissé ouvert grâce à un branchement en parallèle. Lorsqu’un cambrioleur ouvre l’une des entrées, le circuit se referme, permettant au courant de circuler et d’aller faire vibrer un aimant installé dans le système. Les vibrations produites actionnent alors un marteau qui vient cogner une cloche en laiton qui émet un bruit intense.

Ce système a pour avantage de rendre très difficile l’interruption du bruit provoqué par l’alarme. En effet, même en refermant la fenêtre ou la porte, un ressort d’enclenchement installé au-dessus des entrées permet de garder le circuit fermé. La cloche continue ainsi à retentir. Pour cette invention révolutionnaire, Pope reçoit le brevet du premier système d’alarme électromagnétique, le 21 juin 1853.

Si c’est à Pope que revient tout le mérite de l’invention, Edwin Holmes, riche entrepreneur, est celui à qui l’on doit la démocratisation des systèmes d’alarme et leur commercialisation de masse. Quatre années après l’obtention du brevet de Pope, il effectue le rachat de la découverte et obtient la propriété industrielle de celle-ci, qu’il ne se privera pas d’exploiter à travers son entreprise Holmes Electric Protection Company.

Holmes va se servir de l’attrait grandissant du public pour la télégraphie et d’un sens inné du marketing pour généraliser progressivement la diffusion de son système d’alarme, à renfort de campagnes publicitaires rondement menées. Il construit à New-York une station centrale vers laquelle il fait converger des câbles télégraphiques, pour faciliter la communication de son entreprise. Il achemine ensuite les câbles des systèmes d’alarme de ses clients jusqu’au bâtiment qui lui sert de bureau, au cœur de la ville. Holmes offre par ce biais la possibilité aux New-Yorkais de se doter d’un système d’alarme directement en lien avec la station centrale. Très vite, de nombreux magasins rejoignent sa clientèle et participent à l’essor du fabricant d’alarme. Le fils de Holmes ira encore plus loin par la suite, en utilisant les lignes téléphoniques des commerces de Boston inutilisées la nuit pour y intégrer ses systèmes d’alarme. Devant le succès de l’opération, il obtiendra le droit d’utiliser de la même manière le réseau téléphonique de New-York.

Un peu plus tard, dans la deuxième partie du XIXe siècle, un jeune homme appelé Edward Calahan travaille sur des systèmes d’alarme avec appels d’urgence. Il envisage d’abord de créer un réseau d’une cinquantaine de maisons et de mettre en place une surveillance de voisinage. Pour cela, il pense équiper les habitats d’un boitier d’appel d’urgence et d’une cloche, puis les relier entre eux et leur paramétrer à chacun des signaux d’alarme différents afin qu’ils soient clairement identifiables par l’ensemble du voisinage en cas d’effraction.

Alors qu’il est en train de mettre au point son invention lui vient une meilleure idée : en plus de déclencher une alarme, son système permettrait de relier les logements directement à une centrale d’appel d’urgence. Pour cela il divise New York en districts qui doivent obligatoirement être reliés à une centrale d’appel d’urgence. Lors d’un appel à l’aide, des « garçons de courses » sont alors chargés de demander rapidement du secours au district. Le système fait rapidement ses preuves.

Par la suite, Calahan se joint à la création de l’entreprise American District Telegraph qui va commercialiser ses systèmes d’alarme. Les dispositifs sont adoptés par les pompiers, la police et les services de renseignements dans une grande partie des Etats-Unis. Leur commercialisation dure de nombreuses années et se poursuit jusqu’à la seconde guerre mondiale, durant laquelle nombre d’hôpitaux et d’administrations utilisent encore des boîtiers d’appel d’urgence du même type. Ces systèmes d’alarme jouissent d’un bilan très positif, puisqu’ils ont permis d’améliorer la protection d’un grand nombre de citoyens aux Etats-Unis, en Europe et dans de nombreux pays sur d’autres continents.

A partir de 1970, on entrevoit l’alarme de maison moderne

Après 1970, on crée les premiers détecteurs de mouvement associés aux systèmes d’alarme. Leur présence à l’intérieur d’un bâtiment permet de déclencher l’alarme lorsqu’il y a intrusion. Ils représentent dès lors une petite révolution dans le développement technologique des systèmes d’alarme : ainsi, un cambrioleur qui aurait déjoué les détecteurs d’ouverture et réussi à s’introduire dans le logement est désormais susceptible de déclencher l’alarme une fois à l’intérieur du domicile. Le détecteur de mouvement a donc grandement renforcé la sécurité des bâtiments.

Dans les années 80 puis 90 on assiste à la globalisation des systèmes d’alarme, devenus monnaie courante dans la protection des commerces puis des habitats de particuliers. La dernière grande révolution en date consiste en la création d’alarmes sans fil, fonctionnant par ondes radio. La démocratisation de l’alarme sans fil permet petit à petit de mettre de côté l’alarme filaire, bien que certains de ces modèles restent d’une grande fiabilité et soient encore adaptés aux maisons en construction, par exemple. Néanmoins, l’arrivée sur le marché de l’alarme sans fil simplifie rapidement le quotidien des usagers. Ceux-ci peuvent désormais installer leur alarme de maison eux-mêmes, sans l’aide d’un installateur et sans s’encombrer des nombreux câbles et fils que nécessite l’alarme filaire.

Dans la lignée de l’alarme sans fil, plusieurs fonctionnalités sont par la suite venues s’ajouter à ces systèmes d’alarme contemporains. L’alarme RTC et l’alarme GSM font leur apparition, permettant d’envoyer des alertes par réseau téléphonique filaire (pour l’alarme RTC) ou par mobile (pour l’alarme GSM). On peut également citer les multiples avancées en matière de vidéosurveillance : il est possible depuis plusieurs années d’associer son alarme de maison à des caméras de vidéosurveillance afin de protéger son habitat. L’utilisateur peut même désormais visualiser les images capturées par ses caméras de vidéosurveillance sur internet, smartphone ou tablette. A l’instar de nombreux objets de la vie courante, l’alarme de maison a ainsi profité des innovations web pour devenir à son tour un objet connecté, accessible partout, tout le temps…

Bilan de l’histoire de l’alarme de maison

A l’origine onéreuse et peu performante, l’alarme de maison n’a cessé d’évoluer grâce au génie de certains inventeurs et aux talents de visionnaires d’hommes d’affaires. D’abord mises en place marginalement pour un usage privé, puis suscitant l’intérêt des commerçants avant d’équiper des services d’état, les alarmes de maison se sont aujourd’hui totalement démocratisées au point que les fabricants d’alarme ont imaginé des kits d’alarme sur-mesure adaptés à divers besoins et à tous types de bâtiments. Au-delà de l’alarme de maison qui vise à se prémunir des cambriolages, on trouve sur le marché des alarmes aux usages divers : alarme incendie, alarme de piscine, alarme anti-agression, etc. On imagine maintenant que le futur nous réserve d’autres innovations et des systèmes d’alarme toujours plus performants.